La personne que je suis aujourd'hui ne s'est pas créée d'un rien. J'ai vécu mes exoériences comme tout le monde, j'ai eu mes problèmes et ma personnalité, mes valeurs, mes principes ainsi que mes décisions partent de là. En fait, ça part de quelques petites choses toutes simples qui, aux yeux de certains, sont puérils et stupides, qui n'ont pas lieux d'être. Hier, j'ai défendu quelqu'un qui se fait constemment intimidé, et un gars m'a répondu que ce n'était pas de mes affaires, que s'il se faisait toujours backer, il n'aurait jamais de colones dans la vie. Et le pire dans es paroles, c'est qu'il a dit que l'intimidation au secondaire, ça ne valait pas grand-chose et que ça ne détruisait aucune vie... Pitoyable. J'en reviens pas que des gens pensent comme ça.
Petit apperçut du truc qui a marqué une bonne partie de ma vie. J'ai seize ans. Et j'ai vécu de l'intimidation pendant 7 années d'affilées. De la troisième année de mon primaire jusqu'à la troisième année de mon secondaire. Faites-vous un calcul... J'ai passé presque la moitié de ma vie à souffrir innutilement et ce, parce que des gens pensaient de cette façon. Et ce que j'ai à dire c'est...QUOI ? L'intimidation au primaire et au secondaire ne détruit aucune vie ?
Le suicide ; j'y ai pensé pour la première fois à onze ans. Ce n'est pas normal. Je me souviens que je revenais de l'école, qu'il y avait un camion qui passait dans la rue et que j'ai pensé que tout irait mieux si, tout bonnement, je me jetais devant. Tout ça parce que cette journée-là, on s'était mis à quatre sur moi pour me lancer des balles de glace à la figure, coincé dans un coin. Je me souviens que je pleurais et que je les suppliais d'arrêter et que ce qu'un des gars a répondu c'était «Non, c'est ben trop le fun de te voir pleurer». Je ne comprends même pas que des enfants puissent être capables d'autant de méchancetés. Ensuite, j'y ai pensé jusqu'à mes quatorze-quinze ans. Et je pense qu'il n'y avait pas une seule journée où je n'avais pas envie de me tirer une bale ou de me pendre. Mais je ne l'ai pas fait.
L'auto-mutilation ; quand on souffre beaucoup émotionnellement, on se demande si on est encore vivant. Je me souviens que je disais souvent à mon meilleur ami que j'étais «morte psychologiquement». Et c'est une des raisons pour lesquelles je me suis coupées un peu en secondaire 2 et 3. Pas aussi fréquemment que bien des gens qui s'auto-mutilent, mais j'ai quand même traversé ça. Et je me souviens que des gens disaient que c'était con l'automutilation et qu'ils disaient «Pourquoi se rajouter un problème en plus des autres» mais c'est tout ça, la raison. On cherche un moyen de s'extérioriser et de prouver qu'on vit encore. Plus on se coupe, plus on saigne et plus on a mal. Mais à la fin, on ne ressent même plus la douleur tellement celle au coeur est intense.
Le décrochage scolaire ; je ne sais pas combien de fois j'ai essayé de convaincre ma mère que j'étais malade pour simplement rater de l'école parce que j'avais pas envie d'y aller. Et je me souviens que j'ai demandé à ma mère de changer d'école, en troisième secondaire. Je ne voulais plus rester là, c'était rendu trop dûr et trop pesant. Combien de personnes, croyez-vous, lâchent l'école à cause de l'intimidation ? Je suis sûre que c'est une des raisons les plus fréquentes.
La peur ; vous avez déjà marché la tête basse dans les corridors parce que les regards des gens vous faisaient peur ? Vous avez déjà eu peur d'arriver en retard à une classe parce que vous saviez que les gens riraient de vous ? Si non, tant mieux. Mais moi, oui. Je marchais la tête basse dans les corridors, j'essayais de ne pas me faire remarquer. Et étrangement, on m'attaquait quand même. J'avais un motton dans la gorge tous les matins à devoir me lever pour aller à la torture forcée. Et je ne m'endormais pas le soir parce que j'avais peur du lendemain, et que je braillais ma journée.
La confiance en soit ; on n'a beau être intelligent, joli, tout ça, ceux qui intimident disent le contraire. Et même si certaines personnes nous complimentent pour qu'on le croit, à force, on ne le croit plus. Et après ça, c'est dûr.
SE RELEVER ; la majorité des gens n'y arrivent pas ou bien ont besoins d'un psychologue, d'un intervenant. Leur vie est en partie détruite. Ils croient finis, nuls. Et se relever, ce n'est pas facile. On me dit souvent que je suis forte, parce que vous savez, du jour au lendemain, j'ai dit «C'est assez» et ça s'est terminé. J'ai eu beaucoup d'aide cette année-là. Rachelle Cloutier, une enseignante, m'a beaucoup appuyé, m'a soutenu devant mon groupe d'art dramatique. J'étais passionnée du théâtre, mais je ne voulais pas me présenter devant la classe parce que j'avais peur. Et Rachelle m'a aidé. Dany Garneau a fait je-ne-sais-quoi, mais certaines personnes ont complètement arrêtés de m'écoeurer après l'intervention de ce psycho-éducateur. Ensuite, j'ai essayé quelques petits trucs pour ma confiance personne. Sérieusement, je me détestais, et personne ne pourrait le croire aujourd'hui. Quand on m'écoeurait, je me répétais le contraire dans ma tête. Et je me faisais des compliments. À la fin, je marchais la tête haute même si c'était dûr. Et aujourd'hui, ça marche.
La mauvaise nostalgie ; Aujourd'hui, j'y repense, encore. Et quand un truc dans le genre m'arrive, ça m'écoeure. J'me sens triste, j'pleure un bon coup, comme dans le temps. Même par boute, mes pensées noires resurgissent. Sauf qu'à la différence de quelqu'un qui replonge, moi, le lendemain c'est terminé. Et je m'en veux presque d'avoir eu ce genre de pensées.
Parce que le bonheur, c'est beau. Pis tout le monde mérite de connaître ça. Et j'emmerde tous ceux qui disent que l'intimidation à l'école, ça détruit aucune vie. Parce que y'a pleins de monde qui se suicident pour ça.
L'intimidation, j'la mets dans le cul.